Rocancourt

Rocancourt
Commençons par ton actu. Un livre, un film et un single de rap ?

J'avais écrit un premier livre qui a très bien marché. J'en ai écrit un deuxième (« Mes vies ») qui raconte ce qui s'est passé durant mon incarcération aux Etats-Unis. Concernant le rap, Karim (alias Rim-K) du 113 avait déjà écrit un rap sur moi en 2004. Il voulait faire quelque chose. Comme je trouvais que leurs démarches étaient sincères je me suis intéressé à ce projet. Puis un jour je me suis retrouvé en studio. Ils étaient chacun dans leur coin en train d'écrire. Moi, je me demandais ce que je faisais là ! Finalement on est sorti de là à cinq heures du matin. Je me suis retrouvé devant le micro et ils m'ont demandé de raconter ma vie et cela c'est fait comme cela. Enfin pour le film le producteur, Thomas Langmann avait acheté les droits sur mon livre. Ce sera un film franco-américain.

Tu n'as pas peur de te disperser ?

Non, je ne crois pas. Il faut être créatif. Moi, j'étais créatif au départ, on connaît mon enfance, ce n'est pas un justificatif mais j'ai payé. J'ai fait 5 ans dans un milieu carcéral américain. Je ne dois plus rien à personne. On ne va pas revenir sur ce passé à chaque fois. Il faut prendre les projets avec conviction. En France les gens n'ont plus de convictions, ils deviennent des produits et sont prêts à se corrompre. Moi je suis contre cela. On pourra dire « Rocancourt s'est trompé », mais on ne pourra pas dire « Rocancourt a été malhonnête et s'est corrompu».

Ce matin, lorsqu'on t'a vu au défilé, c'était surréaliste. Un gars est sorti de nulle, sans te saluer, s'est mis prés de toi pour prendre une photo puis est parti comme il est venu. Ton statut actuel de “star” ne te fait pas un peu ricaner ?

Non, je ne ricane pas. Il faut avoir le respect de l'humain. Il y a une tristesse dans cela. La démarche de l'homme n'est plus animée de vrais sentiments. Moi, si je dis bonjour à quelqu'un, que ce soit, un clochard ou une star, comme Al Pacino je lui dis bonjour parce que c'est un humain. Je ne suis pas du tout ébloui ou émerveillé parce que je serre la main d'un acteur. Tout cela c'est aléatoire, il n'y a pas de substances. Je n'y prends aucun plaisir. C'est pour ça que je sors très peu. Je ne veux pas rentrer dans ce truc

Quel regard portes-tu sur le star system ?

Je ne crois pas du tout au star system en France. Je ne crois pas aux paillettes. Il y a beaucoup de vide. Je suis quelqu'un d'intègre. Le coté star est très aléatoire ! Qui se souviendra de cette conversation dans cent ans ? Il ne faut pas oublier qu'on est peu de choses. Le star system en France c'est un petit système par rapport à ce qui ce fait aux Etats-Unis. En plus les acteurs américains sont en général plus cool que les acteurs français. Maintenant en France tout le monde est une star...Star Academy, Méthode Cauet...Tu ne sais pas pourquoi ces gens sont là ! Ils enlèvent leurs soutiens-gorge,...Si ça peut émoustiller un peu les gens c'est très bien, moi je regarde ça de loin.

Pourtant un moment tu as couru après cela, non ?

Non, on n'a pas couru après ça ! Si vous faites un travail de journalistes il faut le faire avec intégrité ! Je n'ai aucun problème à ce qu'on me dise des choses, du moment qu'elles sont vraies ! Premièrement, je n'ai pas couru après les paillettes. La première femme que j'ai épousée est un mannequin chez Ford, la deuxième était une actrice. Pas une actrice en France, mais une actrice qui avait joué dans un film avec Steven Seagal ! Je n'ai pas couru ! Cette femme faisait partie d' Hollywood, donc bien sûr nous allions aux Oscars ou aux party d'Elton John...Si votre mari est un ouvrier vous irez le chercher à l'usine ! Il faut arrêter d'affabuler genre « Rocancourt a escroqué des stars ». Cela été démontré par une Cour fédérale des Etats-Unis ! Je n'ai pas été condamné pour avoir escroqué de l'argent à Van Damme ou Mickey Rourke... J'ai était condamné pour « Wire Fraud » transfert frauduleux. Voilà, je ne renie rien mais je refuse l'affabulation pour vendre du journal. C'est pour ça que ma démarche aux Etats-Unis où j'étais connu (j'ai fait la première page du New York Times et dix pages dans Vanity Fair) tous les magazines que j'ai fait ont été des magazines intègres.

Très bien. Disons que tu en profites un petit peu...

Pourquoi ? J'ai écrit un livre. Mon livre marche très bien il s'est vendu à 250 000 exemplaires, c'est un best seller.

D'accord mais tu sais que c'est le genre d'histoire qui plaît...

Je n'ai pas commencé ma vie en disant «je vais faire une histoire qui plaît ! » Cela fait partie de mon destin, de ma trajectoire. Quand j'étais gamin et que je n'avais pas de chaussures je ne pensais pas faire un livre et un film sur ma vie ! Et puis c'est un prix à cher à payer quand même ! Mais je remercie Dieu de m'avoir donner cette expérience en tant qu'homme.

Tu aurais pu écrire ton livre et dire « je ne fais pas de promo » Ou mieux, vivre ce que tu as vécu et puis décider de te retirer...

Si on parle du mon coté de vie, je me suis retiré. On ne peut exorciser ses fantômes qu'en les affrontant. Moi, ces cinq années,... (il se reprend) C'est dur à expliquer à quelqu'un qui n'a pas vécu cela...Un humain mis dans une boite pendant cinq ans dans quatre mètres carré, intellectuellement tu ne sors pas indemne. Mon avantage, disons la grâce de Dieu, c'est que je n'ai pas été cassé intellectuellement. Je dois exorciser mes fantômes c'est cinq ans que tu gardes dans l'estomac. Ce n'est pas quelque chose de banal ! Je ne raconte pas les paillettes, je décris le milieu carcéral de l'intérieur. D'ailleurs ce livre va sans doute déranger parce que la vérité dérange. Je ne suis qu'un produit de la société. La France s'occupe mal de ses enfants donc ne vous étonnez pas qu'ensuite ils finissent derrière les barreaux. Ne vous plaignez pas. Ou on donne l'opportunité à l'humain de grandir, ou vous en faites des fauves ! Il faut faire un vrai débat ! J'ai écrit ce livre avec des convictions. Je ne me suis pas dit : « bon je vais me faire beaucoup d'argent. » Si on regarde mes apparitions télévisuelles je fais des vrais choses. Je ne fais pas « la Méthode Cauet » pourtant ça a de l'audience. Je pourrais faire cette émission quand je veux. Mais je la refuse par convictions parce que je n'y ai pas ma place.

Que diras-tu à ton fils sur ta vie ?

Je vais lui dire qu'il fasse ses choix en tant qu'homme, comme j'ai fait les miens. On parle tout le temps de libéralisme...Mais on ne sait plus exactement ce qu'est la liberté. Je respecte la femme qui m'a donné mon fils et je respecte mon fils en tant qu'individu. Je l'aime plus que tout mais je le respecte en tant qu'individu. Il regardera la vérité et me donnera son opinion.

Quel est ton rapport à l'argent ?

Lorsque vous conduisez une Bentley, il faut mettre de l'essence au sinon le moteur n'avance pas. Voilà, l'argent n'est qu'un moyen de locomotion. On mange, on boit, c'est tout. On est dans une société capitaliste donc on vit avec l'argent.

Tu aurais pu choisir de vivre avec moins d'argent...

J'aime la beauté dans tout ces sens. Les gens qui n'ont pas d'argent ont les réduits dans leurs libertés. Les gens qui ont un peu plus d'argent, ont plus de liberté. On en est arrivé à cela. Si tu n'as pas, on te met dans un placard ! Et si vraiment tu n'en a pas on te met derrière les barreaux ! Les prisons sont remplies ! Moi, je l'ai mérité mais la réinsertion n'existe pas. Les gens qui dérangent on leur met un petit numéro d'écrou et le bon citoyen est content. En fait le bon citoyen n'est protégé de rien ! Ils commencent juste à découvrir la vérité en France avec les banlieues ! Aucun humain ne naît avec un mauvais fond, il devient mauvais. Un enfant dés le départ est pur, c'est la société qui l'abîme. Moi, j'ai vécu cela par ma mère. Je ne lui en veux pas, je la comprends. Ma mère était une prostituée, elle a gagné son argent comme elle a pu. Que Dieu me préserve de la juger ! C'est ma mère...On devient brut, ça donne un homme comme moi qui est brut dans tout les sens. Je dis ce que je pense.

Lorsque tu as décidé de t'installer aux Etats-Unis pourquoi ne t'es tu pas installé dans un ranch au Kansas ?

(Il sourit) Non, j'étais en cavale et puis on a fait le choix d'être malhonnête. Je l'assume. On ne pouvait pas penser que ça prendrait cette ampleur. Mais bon, Dieu a un sens de l'humour incroyable ! Il n'avait pas une chaussure quand il était jeune et il rentré partout : jusqu'aux Oscars ! Ça prouve bien que tout est vanité.

On a lu que tu étais un féru de Nietzsche...

J'adore Nietzsche. Très jeune ça m'a passionné. J'aime Nietzsche parce qu'il a une détermination sur la morale. Il a une détermination sur l'intelligence. Ce n'est pas un corrompu. Ce n'est pas quelqu'un qui s'est vendu intellectuellement. Il n'a pas écrit des livres comme ça. Moi c'est ce que je reproche aux écrivains. Ils écrivent pour écrire, pour la reconnaissance. Pas tous. Ils se foutent des humains. Nietzsche avait cette démarche à l'état pur. Je me retrouve dans Nietzsche actuellement parce que c'est quelqu'un qui avait une vraie démarche. C'était un moraliste avec une morale forte. Nietzsche était fort par l'intelligence.

Que t'inspire cette pensée de Nietzsche ? « A force de paraître on finit par être»

On paraît tous. Vous pouvez me dire que vous avez une vraie existence ? Lorsque vous rencontrez quelqu'un est-ce la vraie personne que vous rencontrez ? On paraît tous. C'est qu'on « devienne » qui est important. C'est l'absolu. Que l'on devienne vrai, que l'on existe réellement.

« Exister réellement » ?

C'est une personne qui a le courage de ses actes intellectuels et moraux. C'est une personne qui n'est pas corrompu ni par l'argent ni par des biens matériels ou par la vanité.

Tu tends à cela ?

Non je suis comme ça. Si j'ai envie aujourd'hui d'aller à une avant-première en jeans et baskets j'y vais. Je ne me demande pas si l'on va m'accepter ou pas.

Tu peux te le permettre aussi...

On peut tout se permettre. Ce que les gens ne se permettent pas c'est leurs peurs. Ils veulent la reconnaissance, l'approbation des gens. Le seul maître, la seule personne dont j'attends l'approbation, la seule personne qui peut me mettre à genoux c'est Dieu. L'humain ne peut pas me faire mettre à genoux. Je peux respecter une démarche intellectuelle, mais je ne peux pas vénérer un humain.

Tu as toujours eu ce recul même quand tu faisais tes affaires à Hollywood ?

Je n'ai jamais fait d'affaires à Hollywood ! J'ai fait mes affaires avec des hommes d'affaires, qui n'étaient pas très brillants, c'est le moins que l'on puisse dire. (il sourit) Ils se prenaient pour des génies

Tu as joué là-dessus ?

Un moment j'étais le con et puis il se sont rendus compte un peu tard à la fin, que c'étaient eux les cons.

Tu es un peu manipulateur ?

On est tous manipulateur.

Toi plus que d'autres

Pourquoi moi plus que d'autres ?

Parce que tu as un bon sens de l'observation.

Tout le monde l'a ce sens ! Tu crois que les politiques ne l'ont pas ? Comment crois-tu que ce pays est dirigé ? On est tous manipulateurs à la base ! Même les enfants !

Bon disons que tu as plus de facilités...

Oui j'ai des facilités intellectuelles.

A quoi aspires-tu aujourd'hui ?

La seule chose que je brigue en tant qu'humain c'est que Dieu me rappelle quand il le veut. Au sinon, j'aimerais bien avoir une vraie dimension intellectuelle, avoir des vrais pensées...On peut faire des couvertures de magazines ou d'articles mais tout cela est aléatoire. Ce qui est important, c'est de se poser de vraies questions. Les gens ne se posent plus les vraies questions. Ils acceptent tout. Moi, je n'accepte pas tout. Je refuse la soumission. Je veux bien être soumis à l'intelligence mais pas à la bêtise. Voilà ma démarche. J'accepte toute critique intellectuelle du moment qu'elle est fondée. Ce qui m'emmerde c'est les cons ! Les faux intelligents qui veulent paraître intelligent et en fait sont des cons. Ils n'arrivent même pas à suivre ce qu'ils disent parce qu'ils n'ont pas de convictions. J'aspire simplement à la tranquillité, j'aime bien la campagne, marcher dans la terre. On y trouve des choses beaucoup plus importantes que dans une première !

Tu as toujours eu ce point de vue ?

J'ai toujours été un paysan. Un paysan intelligent. J'aime la terre. Il faut vous souvenir que je suis à moitié gitan. Les gitans nous sommes des gens libres dés la naissance. On naît sans papiers.

C'est bizarre ce que tu dis....

Pourquoi c'est bizarre ?

Non disons que c'est étonnant au vue de ton parcours...

On trouve peut-être étonnant que quelqu'un avec mon parcours aie une tête. On s'attend à quelqu'un de limité.

Non, on est surpris que tu relativises autant

On est obligé. On est si peu de choses.

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# Posté le jeudi 24 janvier 2008 16:46

Christophe Rocancourt

Son enfance
Christophe Rocancourt est né à Honfleur en Normandie, le 16 juillet 1967. Il a vécu une enfance malheureuse, entre une mère prostituée et un père alcoolique. À l'âge de 14 ans, il entre à l'assistance publique. Ne supportant pas cette situation, il fugue de l'orphelinat à l'âge de 16 ans et se rend à Paris. Il y est accueilli et aidé par un jeune homme de bonne famille.


Les arnaques
Sa faculté d'observation et d'adaptation à ce qui l'entoure est telle qu'il parvient rapidement à être la coqueluche des soirées mondaines et de la jeune jet set parisienne. De là, comprenant que l'argent obtenu facilement se dépense encore plus facilement, il commence à extorquer des sommes de plus en plus importantes à son entourage en montant divers types d'escroqueries. Sa première grosse arnaque consiste à vendre un immeuble qui ne lui appartient pas, en plein Paris. Arrêté puis surveillé de près par la justice française, il s'expatrie alors à Hollywood, à l'âge de 25 ans, sans parler anglais.

Arrivé en 1993 aux États-Unis, il s'installe à Los Angeles, où en moins de deux ans il parvient à conquérir le tout Hollywood et à s'imposer comme la personne incontournable des nuits et des affaires hollywoodiennes. Se faisant passer tour à tour pour un champion de boxe, le fils de Dino de Laurentiis ou de Sophia Loren, il met sa vie en scène et tout le monde y croit, sauf lui. Il enchaîne ce qu'il appelle « les affaires », ce qui lui fait gagner énormément d'argent. Il loge dans de somptueuses villas de Bel Air (quartier le plus huppé situé dans les hauteurs de la ville) pour finalement s'installer au tout dernier étage du Beverly Wilshire Hotel (le plus prestigieux palace de Los Angeles, où se tourna le film Pretty Woman), pour mieux appâter ses victimes.

Dépensant sans compter dans des soirées, des voyages en jet privé, des véhicules de prestige, du champagne grand cru accompagné de femmes, il bluffe alors tout le monde. Parmi ses amis, on trouve Mickey Rourke ou encore Jean-Claude Van Damme, ses relations sont innombrables. Il a un enfant avec Pia Reyes (playmate de novembre 1988), nommé Zeus.

Au bout d'un moment, il est surveillé par la police californienne, cette fois-ci pour son train de vie somptueux qui intrigue. Menacé par le grand banditisme, qu'il a la réputation de fréquenter, il est finalement contraint de quitter Los Angeles et se rend à New York.

Là, il se fait passer pour un héritier de la famille Rockefeller pendant deux ans, malgré son accent normand qui n'inquiète pas la haute société new-yorkaise. Il y effectue de nombreuses arnaques, notamment aux dépens de nombreux agents de Wall Street.

Pourtant, il se fait démasquer et doit s'enfuir, le FBI et Interpol le surveillant de près. Cette cavale dure près de deux ans et finit par son arrestation le 26 avril 2001 au Canada.


La prison
Ayant fini par se retrouver à Vancouver pour revoir son fils et sa femme, il s'y fait passer pour Michael Van Hoven, un ancien pilote de F1 et homme d'affaires suisse. Sa principale victime canadienne est Robert Baldock, un homme d'affaires et inventeur, qui le fait vivre pendant des mois dans un palace d'une station de ski huppée en attendant une prétendue transaction. Robert Baldock porte plainte et Christophe Rocancourt est identifié. La police canadienne l'appréhende finalement en Colombie-Britannique (Canada) [2].

À 36 ans, Christophe Rocancourt est condamné à cinq ans de prison. Après un séjour d'un an et demi dans une prison canadienne pour usurpation d'identité, il est extradé aux États-Unis où il effectue le reste de sa peine pour faux et usage de faux passeport, détention illégale d'arme à feu et délit de fuite.


Retour en France
En 2002 et en 2006, il fait paraître deux autobiographies. Il y avoue avoir arnaqué au total plus de 35 millions de dollars. Suite à cela, quelques personnes portent plainte, dont Michel Polnareff, déclarant s'être fait extorquer 250 000 dollars. Rocancourt dit à son sujet : « Pour qu'on vous vole 250 000 dollars, il faut les avoir ». Les droits de son premier livre sont achetés pour un million d'euros. Son récit devrait être bientôt porté sur grand écran par le producteur Thomas Langmann, le fils de Claude Berri et parrain de son premier fils. La réalisation de cette cinébio a été confiée à Florent Emilio Siri.

Christophe Rocancourt vit actuellement à Paris avec l'actrice et ex-miss France, Sonia Rolland. Leur union a donné naissance à une petite fille, Tess.

Une série de romans policiers portant sa signature devrait paraître au même moment, ainsi que des scénarios inspirés de ses expériences.

Aujourd'hui, Christophe Rocancourt est reconverti en entrepreneur tout en exploitant son image. Il a juré « L'arnaque, c'est fini » lors d'un direct télévisé.

Sa compagne, Sonia Rolland, parle de leur passion dans un ouvrage : Les Gazelles n'ont pas peur du noir publié aux éditions Michel Lafon.


En résumé
Christophe Rocancourt, durant sa vie d'"arnaqueur" et pique-assiette de grand chemin, est reconnu avant tout comme un escroc de talent qui a su faire basculer son destin.

Né dans un contexte très difficile, entre l'amour d'un père alcoolique et le rejet d'une mère prostituée extrêmement triste, la seule chance qu'il ait vraiment eu dans sa vie est d'avoir rencontré puis vécu, quand il était encore jeune, avec un homme d'un milieu aisé. Celui-ci, lui a donné l'occasion d'observer, de comprendre, puis d'imiter le « beau monde ».

Finalement, ce talentueux manipulateur sans scrupules et menteur aux multiples facettes a su pénétrer le milieu très sélect des soirées mondaines hollywoodiennes et mettre en confiance certains milliardaires américains pour mieux les posséder.

Pourtant, de fortes amitiés se sont nouées pendant sa quête d'argent facile, notamment avec Mickey Rourke et Jean-Claude Van Damme.

Christophe Rocancourt, connu comme l'un des plus grands escrocs du monde, déclare en effet être un profond croyant et "remercier Dieu de l'avoir sauvé".


Citations
« Le New York Times a écrit que j'étais un génie. Disons plutôt que je me suis distingué dans un univers où prévaut la connerie. », Le Monde 2 n°506
« J'ai payé ma dette, j'ai même laissé un pourboire. »
« Toute ma vie n'a été qu'une fugue. J'ai crevé de faim et je me suis assis aux tables des meilleurs restaurants de la planète. J'ai compté les centimes dans les poches de mes guenilles de gosse et j'ai sorti ensuite des fortunes de celles de mes costumes sur mesure. J'ai dormi sur les sièges du métro parisien avec les déshérités, mes frères, et j'ai connu plus tard, avec des hommes et des femmes célèbres, des relations extraordinaires. Je ne les ai pas forcés à croire aux personnages que j'incarnais. Champion de boxe, fils de Dino De Laurentiis ou héritier Rockefeller, je jouais le rôle qu'ils attendaient de moi. En devenant le miroir de leurs vanités, je me suis raconté un conte de fées. Je l'ai déjà payé très cher. Partout, j'ai été traqué. Fuite à Paris, cavale aux États-Unis, puis au Canada... Je ne demande ni clémence ni pitié. Si je remue ici trente-cinq ans de souvenirs, c'est afin que mon fils comprenne : pour moi, c'était cette vie-là ou la mort. »

Bibliographie
Moi, Christophe Rocancourt, Orphelin, Playboy, Taulard, éditions Michel Lafon, 2002 (ISBN 2840988267)
Mes vies, éditions Michel Lafon, 2006 (ISBN 2749904315)
Arnaques, éditions Michel Lafon, 2007 (ISBN 2749905931)



ROCANCOURT : PARTIE 1

ROCANCOURT : PARTIE 2

ROCANCOURT : PARTIE 3

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# Posté le jeudi 24 janvier 2008 16:37

Patrick Henderickx

Patrick Henderickx


Une enfance abusée, une injustice, et une vie peut basculer.Patrick Henderickx, lui, choisit la vengeance. Elle le conduit au banditisme et à la prison. Mais un flic marginal l'en détourne pour venir en aide à ceux qui souffrent et, en particulier, aux enfants.



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Bonjour à tous,

Parceque j'ai envie de vous faire plaisir pour vous remercier de me lire, je vous offre le début de la suite des " 3 marches & Parole Donnée" avec ces fautes d'orthographes.
J' attends vos commentaires avec impatience...

Je vous embrasse




Préface



Bien que la mort soit une finalité incontournable, elle reste et restera la peur qui vous ronge et obscurcit chaque moment où vous y pensez. Pour certaines cultures, dont la mienne, elle ne représente que l'aboutissement d'une recherche qui ne s'arrête que le jour où elle vous convoque sans échappatoire. Trop rapide pour certains, trop lente pour d'autres, elle désigne au gré de son humeur celui que dame nature avait pourtant patiemment conçu durant neuf mois. Sans état d'âme, elle fauche parmi les vivants en laissant derrière elle, peines, regrets, et parfois remords de ceux pas encore choisis qui réalisent trop tardivement qu'à force de courir, ils ont perdu en chemin l'essentiel.

Mon Senseï me dit un jour ;

« Ce n'est pas le temps que tu vis qui a de l'importance mais ce que tu en fais.... »


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Voilà, c'est parti.



Le premier trimestre de l'année 2004 vient de se terminer et j'achève l'écriture de mon second livre qui verra le jour au mois d'octobre. Avec le temps, mon passé judiciaire s'est effacé pour laisser la place à une autre reconnaissance, celle d'un autre monde. Je me l'étais promis, j'y suis arrivé. Avoir transformé mes différences en indifférence m'a apporté la paix et, de toutes mes actions ou choix, celui dont je suis le plus fier, est d'être redevenu moi-même.
Les avocats qui m'entourent aujourd'hui ne sont plus là pour me représenter devant les tribunaux, mais pour protéger mes intérêts dans le monde des affaires. Monde où le respect et l'honneur ne sont que des mots sans valeur, remplacés par les mots « bénéfice » et « chiffre d'affaire ».
Douze années de travail et de vie aussi droite qu'une piste d'atterrissage pour enfin gommer des mauvais choix aux conséquences que j'avais finis par croire indélébiles et, de tous les avantages que m'offre ma nouvelle vie, la tranquillité judiciaire est la plus savoureuse et le temps que je passe à regarder grandir mes enfants – adoptés- fait de moi l'homme le plus riche du monde. Pourtant, aussi incompréhensible que cela puisse paraître, certains des hommes de loi qui ont mis fin à mon parcours de truand, prétendent que je suis encore plus dangereux aujourd'hui, car devenu honnête.
Ma vie ressemble aujourd'hui à un champ semé de bonheur dans lequel, souvent, je m'étends pour me reposer et réapprendre à vivre. Mes deux derniers enfants, Artem et Lara, 18 et 16 ans, viennent d'agrandir cette famille qui est définitivement la mienne. Mes enfants deviennent les 11 piliers des fondations sur lesquelles je construis mon futur et, dorénavant, la seule violence que j'utilise encore est celle des mots à travers mes livres et parfois je dois admettre que ma plume est plus effilée et tranchante que mon katana (sabre traditionnel des Samouraïs). Certain pensent encore qu'écrire son histoire sert de thérapie mais, pour l'avoir fait, je peux leur dire que raviver ce que l'on a réussi à oublier procure des peines encore plus énormes que lorsqu'on les vivait. Aujourd'hui, mes enfants m'apportent le soleil qui transforme une journée en très belle journée.
Et pourtant...


Quatorze heures. Un jour presque comme les autres. Je reviens avec empressement de ma visite médicale, car un autre rendez-vous important m'attend déjà.
Il m'aura fallut des années pour oser franchir le pas et parler à un médecin de mes souffrances physiques et, surtout, cachées à mon entourage. La peur de savoir était-elle plus forte que ma propre santé ? Ceux qui la vivent peuvent y répondre ! Cela fait trente-cinq longues années que l'amphore qui contient ma santé à commencé à se fissurer suite à une certaine barbarie humaine que je relate au travers de mes livres. Pourtant rien ni personne ne m'a empêché de vivre presque normalement durant toutes ces années. Poussé par une de mes filles, inquiète des kystes qu'elle a aperçus sur mon corps et, uniquement pour la rassurer, j'ai franchi le pas. Le résultat des examens a confirmé mes craintes et délimité un temps de vie approximatif comme si, une période de «liquidation totale » m'était octroyée. Inconscient de ce que tout cela veux dire ou représente, je continue ma vie comme si de rien n'était. Pour moi, pour mes enfants, mais surtout pour la vie... Celle-là même qui m'a trahie plus d'une fois mais que je respecte au plus profond de mon âme. Pourtant, en final et lorsque que mon corps m'indiquera que la fin est toute proche j'ai décidé de finir mon chemin dans le respect de nos traditions, celles que mon père m'a inculqué durant toute ces années « Le Bushido ».
Code d'honneur et philosophie de vie venus d'un Japon féodal, où le bouddhisme et le shintoïsme se partagent ce que l'on appelle encore aujourd'hui l'empire des huit îles. Le bushido, ou voie des guerriers, régit spirituellement l'action pure et droite du guerrier (bushi) prolongée par une préparation et une constante présence de la mort, impliquant les valeurs de fidélité, courage, devoir et sacrifice.
Pour moi, il ne peut y avoir qu'une seule mort... debout sur un champ de bataille ou, comme l'impose la civilisation moderne, dans la rue, terrain de mes choix, pour finir ce que j'ai commencé.
C'est donc dans cet état d'esprit que je commence cette journée pas comme les autres.

Celui qui entre dans mon bureau s'appelle Roger. Le visage grave, il vient me demander une faveur. Pas un service ou un coup de main, mais bien un geste qui fait de moi un dieu. Malgré mes choix et actes, pour certains je suis toujours un numéro un dans le monde du banditisme. Bien que je pense avoir tout fait, ces douze dernières années, pour me socialiser et redevenir moi-même, le constat que je vais vivre va déraciner les convictions que la lucidité avait patiemment fait pousser dans la terre de mes choix.

Membre familial depuis quarante ans et ex-prince de la nuit, Monsieur Roger, comme beaucoup l'appellent encore par respect, m'a vu grandir depuis l'âge de trois ans. Son unique enfant, un fils, est mort quelques années plutôt à l'âge où la vie est encore devant soi et, de ce fait, il me considère un peu comme son second fils. Son épouse – depuis quarante ans- symbolise la femme idéale qui, de plus, a su s'imposer et se faire respecter dans un monde où l'homme est roi.
Parfois, il se passait des années avant de nous revoir mais, à chaque fois, le plaisir était le même. Avec un regard extérieur, ils suivaient mon parcours sans pour autant me juger mais en essayant de comprendre.
Jamais ils ne m'ont posé de questions ou tenté de me faire 'la morale' un peut comme s'ils pensaient que tout était écrit.
Lisette, son épouse, a fait du mot 'dignité' sa carte de visite et un mode de vie sans faille. Ce qu'elle a vu et entendu dans le monde du banditisme, pendant quarante ans, fait d'elle un dictionnaire silencieux.
Aussi loin que remontent mes souvenirs, je ne me souviens pas les avoir un jour entendu hausser le ton car le respect et leurs regards suffisaient à mettre ' les pendules à l'heure'. Pourtant, ce couple atypique, et semeur de gentillesse se retrouve aujourd'hui face à un ennemi sournois devant lequel ils semblent démunis. Je suis loin d'imaginer que la fin de leur vie va dépendre du choix qu'ils vont volontairement m'imposer.

Avec tout le respect que je lui porte, je l'accueille en le prenant dans mes bras. Premier paradoxe ou constat de notre mentalité, les ex-marginaux que nous sommes n'hésitent pas devant un geste de tendresse que l'on pourrait aussi appeler du respect. Je n'ai jamais compris pourquoi dans certaines familles il est de bon ton qu'un père et son fils se serrent la main pour se dire bonjour ou au revoir. Montrer à quelqu'un qu'on l'aime, est-ce cela que l'on appelle un manque d'éducation... ?
A plus de soixante ans Monsieur Roger n'a rien perdu de sa 'superbe' mais, de toute évidence, ce qu'il vient me demander le ronge profondément. Lui qui a toujours fait face aux autres sans baisser les yeux semble aujourd'hui, en s'asseyant, faire partie de la famille des résignés. Comme le veulent les habitudes sa première question est ;
- Ta famille va bien... ?
- Oui... je te remercie
- ....
Le regard qu'il me porte a l'espérance de me convaincre, mais aussi la difficulté de demander. Par habitude et surtout par survie, le monde qui nous a vu déambuler nous a entraîné à dissimuler toute émotion mais le regard qui est face à moi aujourd'hui a la nudité du désespoir. Qu'y a-t-il de si grave, pour que celui qui a vu passer deux générations de gangsters sans faillir à sa réputation, soit abattu au point de faire appel à moi ? La fierté de lui rendre service circoncit l'inquiétude protocolaire d'un tel moment et, comme à mon habitude, je m'enfonce dans mon fauteuil de bureau – seul témoin et complice_ de douze années de choix et décisions qui ont changé ma vie. Vieille habitude des cachots, toute lumière naturelle n'a jamais pu pénétrer dans cet espace de cent mètres carrés que j'ai transformé en bureau et seules quelques lampes électriques donnent à l'endroit une confidentialité très rassurante. Ici, c'est mon monde. J'y gère mes affaires, aujourd'hui toutes légales, tout en y préservant des souvenirs qui me rappellent d'où je viens.

Pendant quelques secondes, un silence annonce le début de notre entretien.
Pour l'aider dans sa démarche et surtout lui prouver mon intérêt affectif, je me redresse et pause mes coudes sur mon bureau. Puis, je lui demande :
- Dis-moi Roger, que puis-je pour toi ?
Un second silence s'interpose puis...
- Lisette est condamnée...-

Je m'attendais à tout, mais aussi violente qu'une gifle, la vie m'impose à nouveau un moment où le sentiment d'être démuni fait naître en moi une colère d'injustice. A quarante trois ans, c'est la dix-neuvième fois qu'un de mes proches va me laisser continuer mon chemin sans m'accompagner jusqu'au bout. Je n'ai pas de peine ou, plus exactement, je m'interdis d'en avoir mais de la tristesse pour l'homme face à moi qui va devoir apprendre à vivre avec un vide que rien ne pourra remplir.
Les souvenirs vont devenir sa compagne pour des moments de sourires ou de larmes. Parfois, comme je l'ai connu, les souvenirs auront la consistance de la réalité et, pour quelques instants, le passé vaincra le présent.
Mon caractère _forgé sur l'enclume de la vie_ cache mon désarroi et toute émotion. Sans sourciller, je fixe Roger pour savoir... Pour la première fois depuis quarante ans, je le vois baisser les yeux. Lui, qui par son parcours a gravé le mot dignité dans les dix commandements de la vie, s'effondre par amour. Je devrais me lever et le prendre dans mes bras, mais pour lui dire quoi... ? Quel mot peut-il être assez fort pour atténuer cette douleur ? Quelle phrase hypocrite dois-je lui dire pour le rassurer ? Je n'en ai aucune. Soudain, il relève la tête et me dit ;
- Je suis venu te demander une faveur
- Je t'écoute Roger

Accepter de l'écouter fait de moi son débiteur quelle que soit sa demande et si je dois vendre tout ce que j'ai pour leur offrir les meilleurs soins, je le ferai sans hésiter. A ce moment-là, je suis loin d'imaginer ce que je vais entendre.
- Je ne veux pas la voir souffrir et je ne veux pas vivre sans elle...
- Qu'est-ce que tu veux que je fasse... ?
- Procure moi une arme pour que je la soulage de cette ***** de cancer et que je la rejoigne là-haut...

Sa demande me mets KO et pourtant je la comprends. Je sais- pour l'avoir vécu- ce que l'on ressent quand la vie vous enlève celle que vous aimez tellement fort qu'il en devient impossible d'envisager une suite sans elle. Sa demande réveille en moi de vieux souvenirs et la peine que je croyais avoir vaincue tente de reprendre le dessus. Il me suffirait d'un coup de fil pour satisfaire sa demande car pour moi, à force de la côtoyer, la mort s'est transformée en banalité. Mais, ce que je ressens pour eux transforme mes certitudes en incertitude. Le pouvoir qu'il vient de m'octroyer me transforme en dieu ou en lâche et, moi qui respecte la vie autant que la mort, je deviens égoïste de ma réponse et prends du recul. Enfoncé dans mon fauteuil, je le regarde mais sans le voir. Pour la première fois depuis très longtemps, ce ne sont plus mes principes qui vont devoir décider, mais une logique d'émotions.
Accepter serait pour beaucoup un geste d'amour car qui accepterait de voir souffrir un proche sans l'envie d'abréger son calvaire alors qu'il n'y a plus d'issue possible ? Mais on ne parle pas d'une mais de deux vies. L'homme qui est en face de moi ne me veut aucun mal, bien au contraire, et pour moi ce serait bien plus facile. Soudain, un second constat me met encore plus mal à l'aise. Le simple fait de savoir ne fait-il pas de moi son complice ? Alors que le pour et le contre entament une partie d'échec dans ma tête, une question sournoise s'avance sur l'échiquier pour une tentative d'échec et mat – ' et si j'étais à sa place ?'-
Je n'hésiterais pas une seule seconde et ferais ce qu'il faut pour éviter à l'autre des souffrances inutiles.
Mais, par amour, voudrait-elle que je la suive jusqu'au bout ? L'amour qui justifierait mon acte, n'est-il pas l'égal de l'opposé ?
Mes convictions acquises durant trente cinq années de galère s'effondrent comme un château de carte soufflé par un courant d'air venant de l'inconnu. Que m'arrive-t-il ? Dans ce cas de figure, mon savoir n'a pas de place et encore moins ma logique acquise par une philosophie de vie où il n'y a que le blanc ou le noir, ce que l'on appelle généralement le yin et le yang.
Les yeux qui me fixent attendent une réponse et ma faculté à cacher mon désarroi ne fait que renforcer en lui la certitude d'un accord verbal imminent, mais comment lui dire qu'à part des doutes je n'ai rien d'autre à lui offrir. Lui qui me surnomme affectueusement 'le Juste' attend de moi la simple confirmation de ses choix. Le soupir que je pousse ressemble à un signe de défaite et, pour la première fois depuis douze ans, je ne sais plus...
Surtout ne pas lui mentir et rester fidèle au respect que je lui porte.
- Laisse-moi réfléchir Roger...
Cette courte phrase me libère momentanément et, comme le veulent nos principes, clôture le sujet de notre rendez-vous. Sans insister, il se lève et je le rejoins pour le saluer. Aussi fort que l'affection et le respect qui nous unissent, je le serre dans mes bras comme pour lui dire ;
Ca va aller...-

A nouveau seul dans mon bureau, le silence habituel que j'aime tant devient le témoin de ma détresse. Par colère et avec un geste d'énervement, j'enlève cette cravate qui me donne la sensation d'être pris à la gorge. Pourquoi n'ai-je pas eu le courage de lui dire que, peut-être, je n'aurai pas le temps de satisfaire sa demande et que je devrais logiquement précéder sa femme sur le chemin de la sortie ?
Assis par terre au milieu de la pièce, je cherche du regard un objet qui me servirait de repère comme le fait un phare pour un bateau désorienté. Soudain, dans les cales de mes souvenirs je retrouve un autre événement, vécu quelques années plutôt ;

- 3 heures du matin. Je pointe l'arme de celui que je considère comme mon frère, sur sa tête. Ce n'est pas la première fois qu'il tente de mettre fin à sa vie, car rongé par une dépression, l'envie de vivre l'avait inexorablement quitté. Ma colère et mon exaspération de ce geste de lâcheté deviennent cette fois aussi fortes que ma peine et, après lui avoir enlevé son arme des mains, je pointe son front. Il suffit que je devine dans son regard une réelle envie de mourir pour que je presse la détente _avec toute les conséquences que cela implique. Malgré tout le respect que je porte à la vie, je ne supporte plus de le voir comme ça et son mal commence à nous détruire tous les deux. Par amour, je suis prêt à trahir un serment que j'ai respecté jusqu'ici : 'sauver des vies et ne plus en perdre'. Mais ai-je le droit de l'obliger à vivre si le sien est d'en finir ? Le respect de l'autre ne passe-t-il pas aussi par l'acceptation de ses choix ? Ces questions, je me les suis posées tellement de fois sans trouver de réponse qu'elles m'ont rongé de l'intérieur au point de presque le soulager pour ME sauver. Ma détermination est tellement forte que j'en ai des larmes aux yeux et celui que je vais libérer de ses souffrances le remarque. Me connaissant, il sait que j'irai jusqu'au bout et comprend subitement à quel point je l'aime et il va me manquer. Son regard m'a suffit. J'ai jeté l'arme sur le lit et deux survivants sont sortis de la pièce. Depuis ce jour, on ne se prive plus de ces gestes d'affection qui confirment à ceux qui les reçoivent que la vie est encore plus belle que la mort. Il était flic, j'étais un ex-truand. –

Toujours assis au milieu de la pièce, ce souvenir ne m'apporte aucune solution ou choix. Tel le Titanic, je me croyais invincible et, pourtant, je viens de me faire éventrer par l'invisible. Cette partie immergée de la vie où les plus dures se brisent... et que l'on nomme les émotions. Ce sentiment ou l'impartialité se dissout comme neige au soleil. Dans un sursaut de lucidité, je choisis – comme me l'a appris mon SenSeï- de prendre du recul pour éviter une décision que je pourrais regretter un jour.
Comme échappatoire, je me replonge dans mon travail et mes responsabilités professionnelles.
Evadé dans la comptabilité d'une de mes société, puis dans mes Email professionnels, je clique sur mon site « les 3 marches » pour lire et répondre aux personnes qui y racontent leur histoire ou, parfois, m'expriment leur volonté ou courage retrouvé que mon premier livre leur a apporté. Constat surprenant, répondre simplement à un message peut parfois sauver des vies. Parmi ceux ci, je trouve le message d'une certaine Chantal. Plus un appel à l'aide qu'un simple message de courtoisie, je devine très vite que le besoin de parler ou de raconter se dissimule entre les lignes. Pour preuve, elle me laisse un numéro de téléphone au cas où, éventuellement, je voudrais la joindre.
Au même moment, mon téléphone portable sonne. Je reconnais immédiatement la voix d'une de mes filles. Le ton de sa voix n'est pas habituel et très vite je comprends que quelque chose de grave vient de se passer. Elle m'explique, choquée, qu'elle vient de trouver dans la rue, couché sur le trottoir, Olivier. Client devenu ami, il est ce qui symbolise le mieux la gentillesse et ce que certains nomment le hasard ou le destin, vient de le frapper sans lui laisser de choix. Couché devant son commerce, une pizzeria- qu'il vient de fermer- il s'accroche à la vie malgré le coup de tournevis qui lui a crevé l'½il et touché le cerveau. Acte gratuit d'un voleur de mobylette surpris sur le fait. Ma colère instantanée étouffe ma peine pour deux raisons ! D'abord, l'acte en lui même que rien ne justifie et encore moins pour une bécane usée par le temps. Ensuite, car ma fille a vu les dégâts de cet acte qui resteront gravés dans sa mémoire. Ma colère devient tellement forte que mes douze années de non-voyou disparaissent d'un claquement de doigt. Le principe 'd'½il pour ½il - dent pour dent' redevient soudainement un besoin de justice vengeresse. Constat amer, mes tics, ma façon de parler et de penser que je croyais définitivement momifiés, reprennent vie grâce au rituel de la vengeance. Je ne suis plus moi.
Toucher à mes enfants, même indirectement, me transforme en machine à agir et non plus à penser. Pour la première fois en moins de douze ans, je redeviens celui que je ne voulais plus être. La demande de monsieur Roger et cet événement m'extirpent du monde de tranquillité dans lequel, enfin, je reconstruisais une vie.


En quelques heures, je donne plusieurs coups de téléphone qui réveillent le passé et je réalise que les mentalités ont bien changé. Les anciens, pour certains, ont passé la main et laissé la place aux générations montantes, malheureusement, sans envergure. Les autres ont confirmé leur pouvoir tout en restant loin du monde de la came devenu 'LE' business majoritaire. Malgré douze ans d'absence mon nom reste une référence et les recontacter leur fait croire à mon retour. Très vite, je leur explique que mon appel n'a rien d'un come-back et qu'il y a très peut de chance que cela puisse arriver. Mes complices de l'époque ne peuvent de reparler de mon frère Max et, pour ceux qui me connaissent le sujet reste tabou, car rempli s'empêcher de se rappeler nos heures de gloire, et avec un ton de nostalgie dans la voix, ils redonnent vie à des souvenirs de l'époque où nous étions roi. Inexorablement, on ne peut s'empêcher d'émotions et de regrets.
Sournoisement, leur nostalgie me fait oublier la raison de mon appel et les souvenirs me prennent par la main pour me ramener vingt-trois ans plus tôt !




Automne 1981.

Assis mais ligoté sur une chaise, l'homme, en revenant à lui, comprend qu'il n'y a plus d'échappatoire. Malgré une gueule de premier de classe, il est le mal personnifié. Très vite il a compris qui sont ceux qui viennent de l'enlever, car le passé rattrape toujours le présent et fini par se rembourser. Ceux qui le regardent, sans dire un mot, ont dans les yeux la victoire du chasseur qui contemple sa proie. Rien, aucune émotion ne peut se lire sur leur visage. Leur haine est tellement forte qu'elle a, depuis longtemps, banni toute émotion ou sentiment de leur règle de vie. Seul le désir de vengeance les motive à se lever chaque nouveau jour depuis presque dix longues années.
Le décor où se joue cet avant dernier acte, a la taille et l'envergure du plaisir que va leur procurer la torture de ce 'tordu responsable'... GIGANTESQUE. Fonderie du siècle passé, située dans la région de Charleroi, fermée puis abandonnée pour on ne sait plus trop quelle raison, l'endroit offre une tranquillité idéale pour tout règlement de compte où le nombre de vivants est toujours inférieur à la fin du débat qu'à son début ! Lieu hors du temps, où le noir et le gris donnent l'impression d'être dans un film des années cinquante.
Le premier des deux bourreaux à ouvrir les hostilités se prénomme Max. Son physique de bûcheron et sa gueule de mauvais garçon est connue et respectée par les plus grands truands. Bien qu'il n'ait que vingt-quatre ans, sa réputation traverse déjà les frontières et le classe parmis les plus dangereux. Comme pour celui qui l'accompagne, le silence est presque devenu une religion. Aussi chaleureux qu'un congélateur, personne n'a dans sa mémoire le souvenir de l'avoir vu, un jour, rire ou même sourire et la couleur de ses cheveux est aussi noire que son âme. En se levant, il ramasse une barre de fer qui ne demandait rien d'autre que de continuer à rouiller en toute tranquillité. La poussière que son geste soulève confirme l'abandon des lieux. Sans mise en garde et avec une rapidité foudroyante, Max frappe et casse le tibia de la jambe gauche de celui, attaché, qui va payer ses fautes. La douleur semble tellement forte, que celui qui la subit en a la bouche ouverte et pourtant, aucun son n'en sort...
Le partenaire de Max, resté impassible mais qui se rassasie du regard, n'est autre que son frère de calvaire. Moi ! Nouveau venu dans la « famille », j'ai gagné mes lettres de noblesse par un acte qui en dit plus sur mon état d'esprit que tout les mots... 'La roulette russe'.
Ce qui nous unis, Max et moi, n'est encore connu à cette époque que de nous seul et ces dix dernières années où nous furent séparés n'ont en rien atténué notre haine. Des deux, je suis le plus jeune, vingt et un ans mais, dans notre calvaire, nous sommes frères jumeaux. Aussi impassible qu'une statue exposée au milieu d'un square, j'attends mon tour, pour m'acharner sur le premier que nous avons enfin retrouvé. L'homme ligoté n'est que le premier d'une série de quatre, et ce que nous allons lui faire subir n'est autre qu'un besoin de vengeance espéré depuis plus de dix ans.
Par notre acte, nous allons rajouter à notre statut celui d'assassin, nous le savons, mais tel est le prix à payer pour ce qu'ils nous ont fait.

Max se prépare à frapper une seconde fois, quand un mot _devenu ignoble en sortant de la bouche de ce condamné à mort_ le stoppe net dans son élan...
Pitié...-
Max se retourne, les yeux exorbités de colère, et me regarde.
Son regard veux dire – comment ose- t-il ?-
Notre regard nous renvoie dans le passé, là où la souffrance squattait nos nuits. Là où notre âme n'a jamais osé dire ce mot car on se croyait coupables de quelque chose. Soudain, une larme coule sur mon visage. L'émotion que me procure ce mot provoque dans l'hésitation l'exode de mes choix décidés par la haine. Pire qu'un coup de tête reçu à l'improviste, je ne comprends ou, plutôt, ne sais plus... Tout serait tellement plus simple si ' l'ordure' avait décidé de mourir avec honneur, en silence. Max me regarde dans l'espoir de trouver un repère ou une certitude pour continuer ce que nous avons commencé car, lui aussi, ne sait plus...
Le temps semble s'arrêter comme si, devenu complice, il lui fallait quelques secondes pour décider du futur. Impulsivement, Max se retourne vers le condamné, laisse tomber la barre de fer de sa main et, calmement, tout en souriant à sa proie, saisit sous sa veste son Beretta 9 mm. Celui qui va mourir essaie de se débattre sur sa chaise. Sa peur est tellement forte qu'il ne dit plus un mot. Max lui colle le bout du canon sur son front en transpiration, il ne lui reste plus qu'à appuyer sur la gâchette. Je regarde la scène finale. Celle qui me faisait envie depuis dix ans. L'acte que je croyais le seul capable de tuer nos fantômes, ceux-là mêmes qui nous empêchent de vivre normalement.
Rien ne peut plus nous arrêter... Sauf !
- Non Max...-
Je viens d'intervenir.
Je me lève, fais trois pas et abaisse le bras de mon frère.
Pas comme ça...-
Quelque chose m'empêche d'aller trop vite... Je ramasse la barre de fer, puis écarte Max de celui qui, assis, ne comprend plus. La haine vient de reprendre le pouvoir. Sournoisement, méthodiquement, elle réclame sa pitance de la main de ceux rendus inhumains par le désir de vengeance. Les coups sont d'une telle violence que le bruit des os qui cassent nous pousse dans un moment de folie démesurée. Manipulés par notre besoin de vengeance, on s'acharne, comme si chaque coup donné devait effacer de notre mémoire ce que nous avons subi. Soudain, je m'arrête et regarde le condamné, inerte sur sa chaise. Max, exténué, ne porte pas un dernier coup de crosse et, à nouveau, me regarde. Nous avons envie de rire et de gueuler de victoire, mais rien ne se passe. Le visage de notre proie, presque épargnée par les coups, semble avoir un sourire. Vexé, Max veut lui mettre un dernier coup pour l'achever mais...
-C'est assez Max, on s'en va... !-
Ne pas l'achever mais couper ses liens, est la pire des choses, car personne ne risque de le retrouver avant des jours ou des semaines. Il va mourir doucement, au purgatoire des humains, et que celui d'en haut décide de son devenir. Avant d'abandonner ce surveillant de dortoir qui nous prenait, avec ses potes, pour des poupées gonflables, Max et moi appliquons un protocole créé par nos peurs d'avant...
On lui pisse dessus, comme nous le faisions trop souvent dans notre lit, de peur, quand la porte du dortoir s'ouvrait.

Assis dans la voiture, on ne dit pas un mot. Max pense déjà au prochain et, moi, je prends du recul sur ce que nous venons de faire. La joie devrait m'envahir mais, aussi soudainement que la vengeance m'a guidé, la lucidité me réveille. Je constate, presque avec désespoir, que mes cicatrices morales et physiques sont toujours là. Rien, tout ceci n'a servi à rien. Malgré la satisfaction d'avoir fait payer à un de nos tortionnaires des actes qui transforment, depuis quinze ans, nos nuits en calvaire, je constate que je ne me sens pas mieux pour autant.
En fermant les yeux dans l'espoir d'arrêter de penser, je reviens dans mon bureau où des cris dans le téléphone me font sursauter...

- Allô... ***** de m*****, tu m'entends ?...-
Celui qui est à l'autre bout du fil s'inquiète de mon silence causé par mon voyage dans mes souvenirs. Je ne sais plus quoi lui dire.
Je te rappelle...-
Sans donner de détail, je viens d'abréger notre conversation et, oubliant de lui expliquer la raison de mon appel, je raccroche le combiné. Il ne sait pas que mes souvenirs viennent de calmer ma colère et de modifier ma détermination. Comprendre et admettre, par expérience, que retrouver et massacrer, au nom de cette religion que l'on appelle la vengeance, les agresseurs de mon ami ne va en rien changer ni soulager sa souffrance. Mais ai-je le droit de laisser l'acte impuni ? Et si leur prochaine victime était justement un de mes enfants ? Ces deux questions pourraient me transformer en justicier mais ma resocialisation ne passe-t-elle pas par une confiance dans la justice ? Essayer ne coûte rien.
Pour augmenter les chances de retrouver les agresseurs mais surtout parce qu'Olivier vient de sombrer dans le coma, ce qui empêche toute confrontation, je ne fais plus appel à mes anciens contacts mais aux jeunes que je connais qui, forcément, en savent plus que les 'flics' sur les gangs qui infectent des quartiers entiers. En quelques heures, le tam-tam de la rue fonctionne à plein rendement, pour finalement retrouver un trio dont les méthodes ressemblent à celui appliqué quelques heures plutôt.
Bingo... Avec les anciens, on pourrait les choper en pleine rue et leur faire payer 'à notre manière' les conséquences de leur acte, mais je donne cette fois-ci la chance à la justice et contacte la police.


Toujours enfoncé dans mon fauteuil de bureau, je prends à nouveau du recul sur les événements. Evadé dans mes souvenirs, les heures ont consommé le reste de l'après-midi pour finalement annoncer le début de soirée. Durant ces quelques heures, la demande de monsieur Roger est passée au second plan, sans pour autant l'oublier. Revivre ces souvenirs a réveillé certaines choses que la nostalgie utilise pour m'imposer un sentiment de fatigue mais les souvenirs n'existent-il pas pour apprécier le chemin parcouru ?





Le lendemain, après une autre nuit de cauchemars où les souvenirs d'enfance ne vieillissent pas avec le temps, je commence une nouvelle journée comme je les aime. Depuis des années, je me réveille vers cinq heures du matin et profite de ce moment nocturne pour écrire, répondre aux courriers et questions envoyés sur mon site Internet ' les 3 marches'. Chantal, dont j'avais oublié le premier message, m'écrit une seconde fois. La forme de son texte me confirme qu'il s'agit bien d'un appel à l'aide et je décide de la contacter, mais à une heure raisonnable.
Les heures qui suivent, plongé dans l'écriture, me rappellent une autre dame rencontrée lors d'une émission sur MATCH TV. Madame HUMBERT. Maman d'un fils, Vincent, elle explique face à la caméra leur calvaire. Tétraplégique, aveugle et muet en sortant de neuf mois de coma, suite à un accident de la route, elle vient, avec toute la douceur d'une mère et beaucoup de dignité, redemander par le biais des médias au Président CHIRAC le droit d'abréger les souffrances de son fils. Je l'écoute raconter comment ses appels restent sans réponse car la législation française (république des droits de l'homme) n'autorise pas l'euthanasie. Soudain, alors que je suis là pour la promotion de mon premier livre, l'animateur me prend à parti et me pause 'La' question ;
- Et vous Patrick, que répondez-vous à cette maman... ?-
Personne ne sait que je connais la souffrance de perdre un enfant et, de par mon livre, beaucoup ne me voient que comme un voyou devenu homme d'affaire. La peine que j'ai pour cette maman ne se voit pas et pourtant ma réponse en laissera beaucoup la bouche ouverte par son honnêteté. La voici ;
- N'écoutez que votre c½ur de maman sans accorder de l'importance aux conséquences, car personne n'a le droit ou ne peut se le donner, de vous demander de souffrir et de laisser souffrir votre enfant au nom d'une institution, aussi honorable soit elle. Faites ce que vous avez à faire dans la conviction que cela soit juste... moi, moralement, je vous soutiens-
Les larmes dans les yeux de cette maman, n'ont pas la couleur de la peine mais celle de l'émotion de ne pas se sentir toute seule. Comment aurais-je réagi si elle m'avait demandé de l'aider, je préfère ne pas y penser.

Qu'elle soit naturelle, provoquée ou hasardeuse, la mort reste pour moi un moment de désinvolture tant qu'elle me concerne. Mais, car il y a toujours un 'mais', comment réagir quand elle concerne les autres ? Tant de fois j'ai voulu la donner ou la décider par esprit de vengeance ou besoin de justice mais, quand elle devient un geste d'amour, comment rester fidèle à ses certitudes.
Quelques semaines plus tard, elle accompagnera son fils dans leur choix commun et fera la une des journaux. Je fus surpris de constater avec quel empressement on respecta la justice, en l'arrêtant, sans pour autant respecter sa douleur de mère !
Mes pensées avancent les aiguilles des montres pour finalement, annoncer 9 heures du matin.
J'envoie un Email à Chantal pour savoir si je peux l'appeler sans la déranger. Suite à son accord, je l'appelle un quart d'heure plus tard. Le ton de la voix qui me répond exprime une douleur qui annonce une fin toute proche et cela confirme mes soupçons d'appel à l'aide. Durant plus de deux heures je vais l'écouter tout en essayant de la motiver à se battre pour la vie. Parfois, de longs silences s'imposent dans notre conversation qui est presque un monologue. Dans un désordre incohérent, elle me raconte par bribes son parcours qui, finalement, l'a poussée au bord du vide. Pour la motiver, je ne trouve d'autre solution que de lui parler de mon vécu et de la façon dont je m'en suis sorti et cela marche. Comme par solidarité, elle transforme son envie de mourir en affection pour moi et finit presque par se sentir obligée de me réconforter. Petit à petit, je réussis à la faire sourire puis presque rire. Je n'ai pas gagné la guerre mais une bataille, voilà le sentiment que j'ai en la quittant, tout en lui promettant de la rappeler dans la journée. Paradoxe surprenant, j'utilise mon temps de vie pour rallonger la sienne, alors qu'elle veut mourir...
Je ne réalise pas encore que chaque moment perdu m'éloigne inexorablement des gens que j'aime. Un peu comme si l'insouciance anesthésiait une lucidité qui devrait me faire exploiter le temps qu'il me reste sans modération... Depuis que ma maladie est devenue une réalité médicale je perçois de plus en plus les signes de ma dégradation comme si le fait de maintenant savoir accentuait les choses...

Inconsciemment et depuis quelques jours, je me replonge dans les livres ou les théories et bases de mon éducation sont traduites du Japonais en français. Bien que la tradition Samouraï favorise le shintoïsme, c'est essentiellement dans le bouddhisme que j'ai trouvé mes repères et comme me le dit un jour mon SenSeï ; « ce n'est ni le nom ni le terme que tu donne à tes croyances qui compte, mais la force qui tu y mettra... » Jamais il ne m'a cité le mot ' religion' mais toujours et uniquement celui de 'philosophie'
Celle-là même qui allait guider et gérer ma vie et me préparer à la mort.
Une de particularité du Shintoïsme concerne justement le devenir avec une lucidité qui me plaît et me rassure. (Le destin n'est pas une prédisposition à subir « quelque chose » ou une sorte de fatalité, mais une préparation à un « devenir » que l'on peut maîtriser sans pour autant tomber dans un fatalisme défaitiste.) Difficile de comprendre pour un occidental mais prendre le temps d'essayer est un premier pas vers son devenir...
Lors de nos Dokusan (tête à tête individuel entre un Senseï et son élève) mon SenSeï terminait chaque entretien en m'offrant un « Hakushi », papier blanc symbolisant un état de conscience qui permet la pratique de « za zen » là où les impressions, conflits, images, pensées et opinions ont totalement disparu. Par ce geste, il voulait me préparer à l'autre vie, celle qui commence après la vie physique.

Dix huit heures, comme promis je la rappelle, mais sans parvenir à la joindre. En contrepartie, je reçois un Email de sa part, qui me dit qu'elle va beaucoup mieux et qu'elle a du monde à la maison. Elle me remercie mille fois et me demande de la rappeler le lendemain matin. Nos conversations vont reprendre durant des jours, jusqu'au moment où, définitivement, son envie de mourir soit écrasée par l'envie de vivre. Parfois elle m'envoie quatre ou cinq Emails dans une journée et, petit à petit, je devine que, par morceaux, mais cette fois dans un ordre chronologique, elle m'écrit le récit de sa vie. Je sais que, de par sa maladie, elle ne peut presque plus bouger ses doigts, ce qui rend son texte parfois illisible mais, par respect, jour après jour, je lis puis attache chaque morceau de texte pour en faire un manuscrit. Puis, arrive la dernière page ! Bien que mon parcours soit une succession de calvaires, ce que je lis m'est difficile à imaginer et j'en arrive à comprendre pourquoi l'envie de mourir l'avait presque emporté sur celle de vivre. Méticuleusement, et avec l'accord de Chantal, une de mes filles commence à corriger le texte puis, petit à petit, je réécris son histoire tout en préservant sa façon de me l'avoir racontée. Durant des jours, des semaines, je vais devenir Chantal pour trouver, parfois, d'autres mots. Des mots brutaux que l'on ne peut oublier tellement ils blessent par leur simplicité.
Voici donc l'histoire d'une femme au départ comme les autres mais qui ne le sera plus jamais, racontée par celui qui a fait le choix d'utiliser une partie de ses derniers jours à vivre par respect pour la vie et mourir dans le code d'honneur du Bushido ;

« Donne ta vie sans hésiter si cela peux en sauver une autre... »





La suite (peut-être) bientôt


Patrick Henderickx


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2 Livres :

- Les 3 Marche :
Patrick Henderickx a tout connu, la plus grande misère et le luxe, le succès et la déchéance. Les foyers de placement et les immeubles des banlieues défavorisées de Bruxelles, les palaces de la côte, les night-clubs interlopes et, pour finir, la prison. Il décrit sans concession le parcours d'un homme ordinaire qui cherche sa place dans la société. Et comment, de gosse des rues devenu malfrat, il devient un jour un chef d'entreprise respecté de tous, qui risque sa vie pour sauver des enfants.

Après une enfance et une jeunesse difficile qui l'amenèrent à faire de la prison, Patrick Henderickx dirige aujourd'hui plusieurs sociétés commerciales et diverses associations pour jeunes en difficulté. Il fait également partie de l'association Flic et Voyou.


- Parole donnée :
Une rencontre avec un flic pas comme les autres, et Patrick Henderickx comprend que la violence aveugle ne combat pas l'injustice. En s'appuyant sur son expérience de voyou et sur l'éthique que lui a transmise son père d'adoption – maître en art martial –, il s'infiltre dans les bas-fonds de la société pour sauver des enfants. Les horreurs auxquelles il est alors confronté sont telles, que l'ennemi public qui croyait avoir tout connu manque de basculer dans la folie.

C'est le récit de cette descente aux enfers que Patrick Henderickx nous livre ici ; une descente où les repères que l'on croit posséder volent en éclat, où l'on découvre que le pire est toujours possible, où le mal montre son visage à l'état pur. Mais la rencontre de l'amitié, la parole donnée, l'appel des enfants en détresse lui permettent de survivre à l'impensable. Patrick ne renoncera jamais à secourir ces vies en promesse, quoiqu'il puisse lui en coûter...


Et pour bientot un film bibliographique réalisé par Luc Besson


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# Posté le jeudi 24 janvier 2008 16:24

Le Grand Banditisme, La famille,...

Un monde apart, un monde pas comme les autres,....

Je ne cherche pas à faire l'apologie du grand banditisme, mais simplement à y donner une vision différente,...

Beaucoup de personnes restent bloquées sur des idées stéréotype sur ce genre de sujet et c'est bien

domages car elles en sont parfois bien loin de la réalité, il y à des bon et des mauvais partout, et parfois la vie

ne tourne pas toujours comme elle devrait.... ( A Méditer )



« La mafia est une société secrète, unissant une coalition de "familles", dotée de hiérarchies élaborées, et de règles dont on ne dévie qu'au péril de sa vie. »
# Posté le jeudi 24 janvier 2008 15:38